ALMA BRASILEIRA: HÉRITAGE CROISÉ
Alma Brasileira, avec la pianiste Cristina Ortiz, accompagnée par l’ensemble Americantiga, sous la direction de Ricardo Bernardes, tisse un miroir entre le Brésil baroque du XVIIIe siècle et la modernité musicale du XXe et XXIe siècles. Mozart dialogue avec Harry Crowl, João Guilherme Ripper ou Mozart Camargo Guarnieri dans un programme qui interroge les racines de l’identité musicale brésilienne. Un programme sensible, vivant, traversé par une énergie profonde.En contrepoint, un film poétique conçu par Eduardo Ibraim et Amaury Alves met en résonance musique, paysage et conscience écologique, une salutation à la nature et aux peuples originaires.
PROGRAMME
Harry Crowl (1958)
Suíte Antiga Brasileira nº 2 para orquestra (2025)
Œuvre spécialement commandée par L'Ensemble Americantiga pour cet événement, dédiée à Ricardo Bernardes
I.Grande Tocata do Saltério(Anonyme de Paranaguá, début du XIXe siècle)
II. Passio (J.J.E. Lobo de Mesquita, 1782)
III: Fuga (Anonyme de Mariana, XVIIIe siècle)
Wolfgang Amadeus Mozart (1756 - 1791)
Concerto pour piano et orchestre n°9 en mi bemol majeur, K. 271, "Jeunehomme"
I. Allegro
II. Andantino
III. Rondeau Presto
ENTRACTE
Piano solo
Oscar Lorenzo Fernandez (1897 - 1948)
2a Suite Brasileira:
Ponteio
Moda
Cateretê
Camargo Guarnieri (1907 - 1993)
Ponteio n° 24
Ponteio n° 30
Dansa Negra
Alberto Nepomuceno (1864-1920)
Folha d'Álbum n°1
A Prece
A Galhofeira
Fructuoso Vianna(1896 - 1976)
Prelúdio n° 4
Seresta
Corta-Jaca
João Guilherme Ripper (1959)
Pequeno Concerto para Mafra, pour piano et orchestre à cordes
Dédiée à Adriano Jordão
I. Brasiliæ aurum pro gloria regis
II. Sarabanda para a Infanta Maria Bárbara
III. Variações sobre um tema de Scarlatti
Polyphonie Biodiverse
Dans le paysage sonore, un appel sous forme d’écopoème, avec narration de Luanda Siqueira. Puis s’élève la voix de Geliseu Ninawa, caboclo de la forêt, qui entonne un chant ancestral du peuple Yawanawa, avec l’autorisation de ses représentants, spécialement pour cette création.
La vidéo d'art , tissée par Giorgio De Luca à partir d’images de la nature brésilienne captées par Amaury Alves, résonne comme un écho.
En révérence sur scène, l’acteur Eduardo Ibraim, traversé par ce poème-souffle-visuel, devient un corps à l’écoute, en action-poétique - une salutation à la nature et aux peuples originaires.
Interprétation scénique et vidéo d’art :
Voix off : Luanda Siqueira
Chant du peuple Yawanawa, interprété par Gesileu Ninawa
Prise de vues : Amaury Alves
Drone et montage : Giorgio De Luca
Interprétation scénique et conception : Eduardo Ibraim
AMERICANTIGA ENSEMBLE
Ricardo Bernardes
Premiers violons
Patrick Oliva,
Giorgia Simbula, Roldan Bernabe, Agnieszka Rychlik, Claire Jolivet, Clara Lecarme
Seconds violons
Liv Heim, Charlotte Grattard, Orlando Moreno, Aurélie Debeule Boodhoo, Gildas Guillon, Alain Pégeot
Altos
Marie Legendre, Elisabeth Sordia, Clément Batrel-Genin, Julien Lo Pinto, Pamela Bernfeld
Violoncelles
Amaryllis Jarczyk, Olivia Gutherz, Nicolas Verhoeven, Eglantine Latil
Contrebasses
Jean-Marc Faucher, Lukas Hadakir Carrillo
Hautbois
Jean-Maurice Messelyn, Timothée Oudinot
Cors
Felix Polet, Simon Poirier
Alma Brasileira
Certains morceaux éveillent des images poignantes. Cette musique véhicule tout à la fois la présence presque brûlante de mes parents, le tendre souvenir d'une enfance à jamais perdue, l'impuissance face à la souffrance d'êtres chers, l'évocation d'amours pures et inoubliables, la richesse des couleurs et des parfums associés à cette terre fertile, mon beau Brésil. La vie de l'artiste, perdu dans la solitude de son travail, n'est pas propice à de tels regards en arrière ; et, bien que je réside depuis très longtemps à l'étranger, je n'avais jamais ressenti de manière aussi aigue la force de mes origines. Cette expérience inattendue m'a bouleversée. Comment intituler un tel programme : Saudades - expression de nostalgie intraduisible ? ou Valsa da Dor - valse de la douleur ?
Dès l'âge de neuf ans, j'ai appris à aimer la musique de Lorenzo Fernandez et remporté le concours qui portait son nom, à cinq reprises. A douze ans, j'ai connu et joué pour Fructuoso Vianna et, un peu plus tard, rencontré Camargo Guarnieri. Bien que je n'aie pas eu l'occasion de connaître notre grand Villa-Lobos, quand je suis partie pour Paris à l'âge de quinze ans, j'emportais déjà la richesse de son langage musical unique, comme un bagage émotionnel pour la vie.
Dès mon arrivée en Europe, j'avais toujours évité de trop jouer les compositeurs brésiliens ; mais avec le cinq-centième anniversaire du Brésil, fière de mon héritage culturel, je me suis muée en ambassadrice de la musique de mon pays dans le monde. En plus de la maturité, j'avais acquis le courage de plonger entièrement dans cette musique, presque aussi viscérale que moi !
Dans ce programme, j'aimerais souligner le côté rêveur, passionné, nostalgique du caractère brésilien, plutôt que celui de l'insouciante gaieté des rythmes exubérants. De la prière (Prece) jusqu’à la danse avec Galhofeira, Cateretê, Corta-Jaca. Mais je tiens surtout à vous faire découvrir l'ingénuité de Nepomuceno; le chromatisme inventif de Fernandez ; la sophistication de Guarnieri ; et la passion et l'humour de Fructuoso.
En lien avec deux compositeurs de notre temps présent : Harry Crowl et João Guilherme Ripper, chacun avec un langage très distinct complétant ce paysage sonore lors de notre voyage musical à travers le Brésil et son riche héritage.
Cristina Ortiz
Pequeno Concerto para Mafra / Petit concert pour Mafra
L’histoire du Pequeno concerto para Mafra (Petit concert pour Mafra) commence en octobre 2022, lors d’un dîner chez mon ami le pianiste Adriano Jordão, où il me proposa d’écrire une œuvre pour clavecin (ou piano) et orchestre à cordes, évoquant la princesse Maria Bárbara de Bragance. L’œuvre serait destinée à être jouée dans le magnifique Palais national de Mafra lors de la Journée Internationale des Femmes l’année suivante. Les commandes comme celle-ci, qui mêlent amitié, musique, histoire et littérature, ont l’effet immédiat d’aiguiser mon appétit créatif. Je l’acceptai aussitôt!
De retour au Brésil, j’ai commencé à lire Le Dieu manchot (Memorial do Convento) du grand écrivain portugais José Saramago. Ainsi, je m’ai nourri littérairement de Mafra. J’ai travaillé rapidement et avec enthousiasme, achevant la partition en trois semaines environ. La partition requiert un clavecin ou un piano soliste accompagné d’une orchestre à cordes. J’ai intitulé l’œuvre Petit concert pour Mafra, concevant l’adjectif comme une expression d’affection et d’intimité, à la manière de Mozart dans son Eine kleine Nachtmusik.
J’ai utilisé un tonalisme étendu comme langage harmonique dominant, avec des passages polytonaux et atonaux. L’œuvre est structurée en trois mouvements en référence au Palais. Le premier, intitulé Brasiliæ aurum pro gloria Regis, évoque les ressources naturelles brésiliennes largement utilisées par Dom João V pour la construction. Le mouvement s’ouvre par une introduction lente, entamée par les cordes, auxquelles se joint le piano ou le clavecin soliste. La deuxième section, plus agitée, evoque le Brésil à travers de quelques rythmes caractéristiques.
Après une cadence suspensive, le clavecin ou le piano entame sans interruption le deuxième mouvement, Sarabande pour l’infante Maria Bárbara, qui reprend la danse lente de la suite baroque comme motif. L’atmosphère y est plus intimiste que dans le mouvement initial. Après une longue exposition et prolongation du thème, les instruments à cordes rejoignent le soliste pour une série de petits développements et modifications rythmiques, culminant dans la cadence finale.
Le troisième mouvement, Variations sur un thème de Scarlatti, part du thème de la Sonate pour clavecin en sol majeur, du compositeur italien Domenico Scarlatti, maître de la princesse Maria Bárbara, pour construire une série de variations contrastées, séparées par de brèves intermezzi. La texture y est principalement polyphonique, avec de nombreux dialogues entre soliste et orchestre. Dans la variation III, j’ai transformé les trois croches du début du thème de Scarlatti en une syncope, qui devienne la base rythmique du nouveau thème aux accents brésiliens, rappelant une section du premier mouvement. Dans la variation IV, le soliste et les cordes présentent le thème en fugato, précédant la coda en mesure 5/8 qui conclut l’œuvre.
Petit concert pour Mafra a été créé lors d'un concert le 8 mars 2023, sous les arcades de la Bibliothèque du Palais de Mafra. Le pianiste João Elias était accompagné par les cordes del'Orquestra Metropolitana de Lisbonne. Je suis ravis de voir cette œuvre parvenir aujour’hui, au Théâtre du Châtelet, à Paris dans le cadre de l’Année du Brésil en France, portée par la merveilleuse pianiste bresilienne Cristina Ortiz et l’Americantiga Ensemble sous la direction du maestro Ricardo Bernardes.
Suíte Antiga Brasileira nº 2 / Suite Ancienne Brésilienne n°2
Dans la lignée de compositeurs tels que Respighi, Stravinsky ou Berio, qui ont revisité le répertoire ancien à l’intention des orchestres modernes, les Suites Anciennes Brésiliennes entendent jeter un pont entre les fragments d’un passé brésilien foisonnant et la pluralité esthétique du présent.
Les trois mouvements de cette suite sont des relectures libres d’œuvres ayant circulé au Brésil colonial, dans des régions diverses.
La Toccata est à l’origine la Grande Toccata do Saltério, pièce anonyme figurant dans la collection Cifras de Música para Saltério d’António Vieira dos Santos, compilée à Paranaguá (Paraná) au début du XIXᵉ siècle.
Passio s’inspire d’un court motet a cappella annonçant la Passion selon saint Matthieu, intégré à l’office du dimanche des Rameaux de 1782, composé par José Joaquim Emerico Lobo de Mesquita, d’après des manuscrits conservés à Mariana et Diamantina (Minas Gerais).
La Fuga constitue le dernier volet, In te Domine speravi, d’un Te Deum anonyme, dont le manuscrit est conservé à Mariana, et longtemps attribué à tort à Manuel Dias de Oliveira.
Bien que contrastées par leurs styles et leurs formes, ces œuvres originales ont en commun leur appartenance au riche patrimoine musical du Brésil colonial. Ces pièces issues d’origines géographiques et culturelles variées témoignent de la diversité des courants musicaux qui ont traversé le Brésil au XVIIIᵉ siècle.
Présentées ici sous une lumière contemporaine, transcrites pour orchestre, elles déploient une palette sonore d’une grande richesse et révèlent, à travers cette réinterprétation, une nouvelle vitalité.
La Suite Ancienne Brésilienne n°2 a été spécialement composée pour la Saison du Brésil en France 2025, et sera créée au Théâtre du Châtelet, à Paris.
Biographies

CRISTINA ORTIZ
(Soliste)
La musicalité naturelle de Cristina Ortiz, sa magistrale maitrise et son jeu raffiné lui ont assuré une place à part entière parmi les pianistes les plus respectés dans le monde. Tout au long de sa vaste carrière, elle a joué avec les plus grands orchestres parmi lesquels le Berliner Philharmoniker, le Wiener Philharmoniker, ou le Chicago Symphony et Philharmonia orchestras. Elle a collaboré avec des chefs d'orchestre tels que Neeme Järui, Mariss Jansons, Kurt Masur, André Previn et David Zinman. La remarquable technique de Cristina Ortiz et son sens aigu de l'aventure musicale sont particulièrement évidents au regard de l'étendue de son répertoire.
Ortiz a réalisé plus de 30 enregistrements répartis sur divers labels, dont EMI, Decca, Collins Classics, Naxos, BIS et d’autres. Née à Bahia, au Brésil, elle a été une prodige étonnante, jouant du piano dès son plus jeune âge et commençant formellement ses études au Conservatoire brésilien de musique à huit ans. A l’âge de 14 ans, elle déménage à Paris pour étudier avec Magda Tagliaferro et remporte, entre autres, la troisième édition du concours international de piano Van Cliburn en 1969. Elle a ensuite poursuivi ses études au Curtis Institut avec Rudolf Serkin. Ortiz a fait son premier enregistrement en 1974 pour EMI, puis deux autres pour le même label l'année suivante, des LP des concertos de Chostakovitch et de musique pour piano de Villa-Lobos, Guarnieri et d'autres compositeurs.

RICARDO BERNARDES
(Chef d'orchestre)
Chef d’orchestre et musicologue brésilien, Ricardo Bernardes est le fondateur et directeur musical de l’Ensemble Americantiga, créé en 1995 et spécialisé dans le répertoire ibéro-américain des XVIIᵉ au XIXᵉ siècles. Avec cet ensemble, il a enregistré six CD et un DVD, et s’est produit en concert à travers l’Europe et les Amériques.
Installé au Portugal depuis 2010, il a dirigé la recréation moderne de l’opéra O Basculho de Chaminé de Marcos Portugal, au Théâtre São Carlos de Lisbonne. Depuis 2016, il assure la direction artistique des Rencontres Internationales de Musique de la Casa de Mateus. Il fonde en 2017 la Cappella dei Signori, ensemble vocal masculin dédié à la polyphonie ancienne, et en 2018 l’Orquestra Barroca de Mateus, avec laquelle il a dirigé des productions remarquées, notamment Setaro, le bâtisseur d’utopies avec Vivica Genaux et Borja Quiza, mis en scène par Mario Pontiggia, au Palais de Mateus et au Théâtre Rosalía de Castro à La Corogne, en Espagne. Depuis 2023, avant l'Orchestre Baroque de Mateus se consacre à première des opéras portugaises du XVIIIe siècle.
Titulaire de deux doctorats – en musicologie (Université du Texas à Austin) et en sciences musicales (Université Nouvelle de Lisbonne), il a été éditeur du recueil La musique au Brésil – XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles (Ministère de la Culture du Brésil) et du numéro consacré à la musique classique brésilienne de la revue Textes du Brésil (Ministère des Relations Extérieures).

JOÃO GUILHERME RIPPER
João Guilherme Ripper est compositeur, professeur et manager. Diplômé de l'Université Fédérale de Rio de Janeiro, il a obtenu son doctorat à la Catholic University of America à Washington D.C. Il s'est spécialisé en économie et financement de la culture à l'Université Paris-Dauphine, ainsi qu'en direction d'orchestre en Argentine. Professeur à l'École de Musique de L’Université Fédérale, il en a également assuré la direction entre 1999 et 2003. Il a occupé les postes de directeur de la Sala Cecília Meireles à Rio de Janeiro, Président de la Fundação Teatro Municipal do Rio de Janeiro et Président de l'Academia Brasileira de Música.
Son œuvre, riche et diversifiée, couvre différents genres et formations musicales. Son catalogue comprend notamment dix opéras joués dans d'importantes salles d'Amérique latine et d'Europe. Parmi ses productions récentes figurent Domitila présenté à la Fundación Juan March de Madrid, Teatro Mayor de Bogotá, à l'Ópera de Tenerife et Centro Cultural Belém de Lisbonne. On compte également Piedade au Theatro Municipal de Rio de Janeiro et au Teatro Amazonas, Candinho au Theatro Municipal de Rio de Janeiro, Devoção au Palácio das Artes de Belo Horizonte, et enfin La Vorágine au Teatro Colón de Bogotá et au Teatro Amazonas.

HARRY CROWL
Harry Crowl (1958) est né à Belo Horizonte (Minas Gerais) et réside depuis 1994 à Curitiba (Paraná). Compositeur, musicologue et directeur artistique de l’Orchestre Philharmonique de l’Université Fédérale du Paraná (UFPR), il a étudié la composition à la Juilliard School of Music, à New York.
Il a enseigné à l’École de Musique et des Beaux-Arts du Paraná (UNESPAR), a été producteur et animateur à la radio Paraná Educativa FM, et a mené des recherches sur la musique brésilienne de la période coloniale en collaboration avec l’Université Fédérale d’Ouro Preto (UFOP), dans le Minas Gerais.
Son catalogue compte près de deux cents œuvres couvrant une large variété de genres. Sa carrière internationale est vaste, avec des œuvres jouées dans plusieurs pays d’Amérique, d’Europe, d’Asie et d’Océanie.
Parmi ses réalisations récentes, on peut citer un concert monographique qui lui a été consacré dans le cadre du festival Sofia International Music Weeks 2021, en Bulgarie ; la commande de son Quatuor à cordes n° 3, avec chœur mixte SATB, intitulé Corona, pour représenter l’Amérique du Sud dans le projet Shadow and Hope, en Allemagne ; ainsi que l’interprétation de son Quatuor à cordes n° 4, Une quelconque espérance, lors des World New Music Days 2024, aux îles Féroé.
Son travail s’est enrichi grâce à des collaborations étroites avec des interprètes tels que la violoniste portugaise Sofia Leandro, le violoniste suisse Egidius Streiff, l’altiste biélorusse Darya Filippenko, le violoncelliste russe Andrei Berezin, ainsi qu’avec les guitaristes brésiliens Celso Faria, Fabrício Mattos et Eric Moreira. Il a également collaboré avec de nombreux orchestres brésiliens, parmi lesquels l’Orchestre Philharmonique de Goiás, l’Orchestre Symphonique de Porto Alegre, et l’Orchestre Symphonique Brésilien.
AMERICANTIGA ENSEMBLE
Musique ancienne de tradition ibérique et latino-américaine
Fondé en 1995 par le chef d’orchestre Ricardo Bernardes, l’Ensemble Americantiga se consacre à l’interprétation de la musique portugaise, brésilienne, hispano-américaine et italienne, du XVIIᵉ siècle au début du XIXᵉ siècle. Porté par une approche historiquement informée, le groupe fait appel à des instruments d’époque et à des techniques de jeu fidèles aux pratiques originales, dans un souci d’authenticité et de sensibilité artistique. Sa discographie comprend six CD et un DVD, tous consacrés au répertoire portugais et brésilien du XVIIIᵉ siècle.
Depuis sa création, l’ensemble s’est illustré sur des scènes prestigieuses au Portugal, Brésil, États-Unis, Argentine, Paraguay, Bolivie, France, Espagne, Italie et Croatie. Nombre de ces concerts ont été réalisés en collaboration avec des institutions diplomatiques telles que les ambassades et consulats du Brésil, ainsi que le Consulat Général du Portugal à São Paulo, avec pour mission la diffusion d’un patrimoine musical aussi riche que méconnu.
En 2023, l’Ensemble Americantiga a présenté un concert exceptionnel à l’occasion des 200 ans de l’Indépendance du Brésil, marquant cet événement historique par la recréation moderne, sur instruments d’époque, d’œuvres rares du compositeur et empereur Dom Pedro I du Brésil, ainsi que du grand Te Deum de 1818 du compositeur autrichien au service de la France, dans le cadre de la mission du duc de Luxembourg Sigismund Neukomm, alors actif à la cour de Rio de Janeiro. Ce programme, d’une portée symbolique et musicale considérable, a permis de redonner vie à un patrimoine impérial méconnu, témoin de la richesse culturelle du Brésil au XIXᵉ siècle.
En cette année où l’Ensemble Americantiga célèbre trois décennies d’existence, il a l’immense joie et l’honneur de se produire à trois reprises dans le cadre de la Saison Croisée de l’Année du Brésil en France, une initiative qui met en lumière les riches échanges culturels entre les deux nations.

PATRICK OLIVA
(1èr Violon)
Désireux de transmettre aux auditeurs d’aujourd’hui toute la richesse et la vitalité de la musique d’hier, Patrick Oliva inscrit sa démarche artistique dans une pratique informée mais toujours renouvelée du répertoire.
Il est diplômé de la Haute école de musique de Genève en violon, pédagogie et violon baroque (classe de Florence Malgoire), ainsi que du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris en musique ancienne (classe de François Fernandez), cultivant son appétence envers le répertoire des 17e et 18e siècles.
Patrick Oliva intègre de nombreux ensembles dont les Arts Florissants, Ies Talens Lyriques, Opera Fuoco, les Paladins, ou Marguerite Louise. Il collabore également en formations de chambre avec notamment le Stagioni, Rosasolis, l’Assemblée, Americantiga, La Chambre, ouMozaïque, donnant de nombreux concerts en France et à l’étranger. Parmi ses récentes prestations, citons ses concerts au festival Cydonia (Belgique), au Festival delle nazioni (Italie) ou ses régulières invitations à la Casa Mateus (Portugal). Partenaire recherché, il aime explorer de nouveaux univers, notamment ceux du théâtre musical ou de la musique populaire (collaboration avec l’ensemble Sanacore autour du répertoire populaire italien). Il joue également de la viole d’amour, instrument fascinant qu’il a à cœur de promouvoir.
Questionnant le rapport entre la partition écrite et l’interprétation qui en est donnée, Patrick Oliva profite du champ de recherche idéal que lui offre le répertoire baroque pour approfondir sa pratique de l’ornementation et de l’improvisation. Sa démarche se concrétise avec la parution aux éditions Offenburg de la partition The Art of Ornamentation, portant sur l’ornementation dans le style de Giuseppe Tartini.
Côté discographique, le premier enregistrement solo de Patrick Oliva est consacré aux fantaisies pour violon de Georg Philipp Telemann ; paru sous le label Disques Triton, ce dernier reçoit un accueil élogieux de la part du public et des critiques.

EDUARDO IBRAIM
(Acteur invité)
Eduardo Ibraim est un artiste pluridisciplinaire brésilien. Il travaille à la croisée des langages théâtral et performatif, avec une recherche centrée sur le corps et les objets.
Il a étudié à l’École Martins Penna, la plus ancienne école de théâtre d’Amérique latine, ainsi qu’au Laboratório de Criação e Investigação da Cena Contemporânea de l’Université Fédérale Fluminense, à Rio de Janeiro.
Sur scène, il a collaboré avec des metteurs en scène renommés tels qu’Eugenio Barba, Lisandro Rodríguez, Marcelo Evelin, entre autres. Il a joué dans un spectacle nommé au prix Prêmio Shell et a été primé pour d'autres projets dans divers festivals.
En tant qu’acteur et performeur, il a participé à des créations à théâtre, opéra, performance et happenings, sous la direction d’artistes comme Oscar Gómez, Yves-Noël Genod, Zorka Wollny, Melisa Zulberti, Jaider Esbell, Marco André Nunes, Pedro Kosovski, Miwa Yanagisawa, Francisco Carlos, William Pereira, entre autres.
Il a également partagé la scène avec des figures emblématiques de la télévision brésilienne -Rede Globo- telles que Tonico Pereira, Lu Grimaldi, Guta Stresser, etc.
Autres créations ses ont été présentées à Athènes, Berlin, Venise, Rome, Londres, ainsi qu’au Portugal et aux Îles Canaries.
Il a également travaillé en tant qu'artiste dans des institutions et événements importants, tels que la COP26 ; le Centro Cultural Banco do Brasil ; le Museu do Amanhã ; les SESC de São Paulo et de Rio de Janeiro ; le Museu de Arte do Rio ; la Virada Cultural de São Paulo ; le Museu de Arte Moderna de Rio de Janeiro ; le Museu de Arte Contemporânea de Rio de Janeiro ; le Cena Brasil Internacional ; entre autres.
Compositeurs des œuvres pour piano solo
Alberto Nepomuceno
Alberto Nepomuceno (1864-1920), au tournant du xxe siècle, créa une véritable identité nationale, une brasilidade en musique. Il puisait toutefois ses couleurs non pas dans l'antique tradition indigène mais dans deux genres nés autour de 1870 dans les faubourgs de Rio: le maxixe et le choro. Danse vive, accompagnée parfois de textes irrévérencieux, le maxixe est un flamboyant melting-pot de polka, de habanera et de rythmes syncopés venus d'Afrique (notamment le lundu, danse angolaise). Avec ses déhanchements lascifs, il fut considéré tout d'abord d'un œil méfiant par les classes huppées, avant de les submerger. Il partit ensuite à la conquête du monde : Paris le féminisa, l'adapta à son orthographe, et Mayol put chanter La Matchiche, chanson de Charles Borel-Clerc. Cette danse eut de nombreux descendants, au nombre desquels les multiples visages de la samba et la bossa nova.
Un gouffre sépare le maxixe du choro, sorte d'improvisation collective instrumentale, genre plus intime et pénétré de saudade, cette mélancolie typiquement portugaise - chorar signifie pleurer. Musique fantasque, caractérisée par de grands intervalles, des modulations déroutantes, de fréquentes ruptures de tempo, le choro était interprété par des musiciens de rue (chorões) sur la base d'une flûte, d'une guitare et d'un cavaquinho, petite guitare aigüe à quatre cordes (auxquels s'adjoignirent bientôt saxophones, cuivres et percussions).
Originaire de Fortaleza, dans le Nordeste, Alberto Nepomuceno acquit lors de ses sept années d'études en Europe une solide maîtrise musicale. De 1888 à 1895, il fréquenta les meilleurs établissements : Accademia di Santa Cecilia à Rome, Akademie et Stern Conservatorium de Berlin, puis Conservatoire de Paris, où il fut l'élève d'Alexandre Guilmant en orgue. Il rencontra Brahms et surtout Grieg, qui l'encouragea à trouver une voie musicale brésilienne fondée sur la tradition populaire et dont il épousa une des élèves. A son retour au Brésil, il fit forte impression en présentant un cycle de mélodies en portugais, langue jugée jusqu'alors comme impropre à être mise en musique. Il obtint plusieurs postes officiels et dirigea notamment l'Institut national de musique, dont il fit l'instrument de la promotion des musiciens et compositeurs brésiliens.
Prece (Prière) date de 1887, et son aspect de douce mélodie accompagnée trahit son origine : cette page posthume fut en effet conçue pour violon et piano, et la transcription pour piano seul est l'œuvre de Joaquim Antonio Barrozo Netto (1881-1941), l'une des grandes figures du piano brésilien au début du XXe siècle.
Galhofeira (Pièce moqueuse) est la dernière des Quatro Peças Líricas (Quatre Pièces lyriques) op. 13, composées à Paris en 1894. On y reconnaît alternativement l'accompagnement syncopé typique du maxixe et l'aspect improvisé du choro. Cette pièce fit forte impression sur Darius Milhaud, qui la cita presque littéralement dans son Carnaval d'Aix pour piano, puis dans son ballet Le Bœuf sur le toit. Le musicien français se lierait d'une profonde amitié avec Nepomuceno quand, en 1918, il séjournerait au Brésil comme secrétaire particulier de l'ambassadeur Paul Claudel.
Oscar Lorenzo Fernandez (1897-1948) fit ses études à l'Institut national de musique et fonda en 1936 le Conservatoire brésilien de musique à Rio de Janeiro, dont il prit la direction.
Neuf ans plus tard, il fut l'un des fondateurs de l'Académie brésilienne de musique. Il se fit également apprécier comme chef d'orchestre et composa un opéra, Malazarte, considéré comme le premier opéra brésilien nationaliste qui ait rencontré le succès. Dans ses trois Suites brésiliennes, composées à la fin des années trente sur des thèmes originaux, ce compositeur très soucieux de la forme « apprivoise » avec imagination et tendresse le folklore brésilien. Ces successions de pages très brèves embrassent une grande variété de caractères, des ombres de la saudade aux danses les plus enfiévrées. L'écriture est plus chargée dans la Suite Brasileira n° 2 (1938), que Cristina Ortiz inscrivit dès 1969 au programme de son récital lors de la finale du Concours Van-Cliburn, remportant le premier prix. Dans « Ponteio » (Prélude), noté lento e expressivo, la mélodie s'échappe d'un contre-chant presque ininterrompu de doubles-croches.
Le tempo s'accélère dans la piquante « Moda » (Chanson), et se déchaîne dans « Cateretê », dont le nom - d'origine tupi - reprend celui d'une danse authentiquement amérindienne, jouée par les guitares et rythmée par des battements de mains et de pieds ; on y remarque le découpage typique des mesures en 3+3+2.
Fructuoso Vianna (1896-1976) fut l'un des protagonistes du nationalisme musical brésilien.
Autodidacte, il limita sa production à de courtes pièces pour piano ou pour voix et piano, qui témoignent d'une maîtrise peu commune de l'écriture pianistique. Ces pages étonnent par leur variété, leur virtuosité, leur puissance presque orchestrale et en même temps leur économie de moyen. Fructuoso Vianna s’était fixé comme devise d'exprimer « le maximum avec le minimum », et il y réussit sans aucun doute.
Un brio tout juvénile anime Corta-Jaca (1931) - le terme désigne une sorte de maxixe, marqué toutefois par le rythme des pieds - et Jogos Pueris (Jeux d'enfants, 1929). En sa section centrale, la seconde pièce de ce triptyque offre d'ingénieux jeux de résonances, comme le Prelúdio n° 3 (1929) ou la Berceuse do Sabia (Berceuse du merle à ventre roux, 1928). Cette dernière pièce est un exemple frappant de l'originalité et de l'esprit de Fructuoso Vianna. Elle met en scène ce petit oiseau du littoral brésilien connu pour son chant flûté extrêmement varié et structuré.
Le caractère fantasque de Serenata Espanhola (1922) ou de la Toada (Chanson) n° 2 (1928) trouve sa pleine expression dans des œuvres plus tardives et plus intérieures comme Seresta (Sérénade, 1943) ou le Prelúdio n° 4 (1946), noté « a capricho » (comme un caprice), un morceau à la poésie magnifique, presque lisztien dans sa belle mélodie surgissant d'arpèges liquides.
Composée par Fructuoso Vianna onze ans avant sa mort, Schumanniana (1965) traduit mieux encore l'idéal de simplicité et d'intensité du compositeur. Cette œuvre est dédiée à Cristina Ortiz.
Auparavant, Vianna avait offert la Serenata Espanhola et le Prelúdio n° 3 à Guiomar Novaes, et Jogos Pueris à Antonietta Rudge - deux autres immenses pianistes brésiliennes.
Fils d'un immigré sicilien qui donna à ses enfants les noms de grands musiciens, Mozart Camargo Guarnieri(1907-1993) naquit dans la région de São Paulo. Au conservatoire de cette ville, il eut pour maître Lamberto Baldi, en composition et en direction d'orchestre. En 1928, âgé d’à peine vingt et un ans, il montra deux de ses œuvres, Dansa Brasileira et Canção Sertaneja, à l'écrivain et musicologue Mário de Andrade (1893-1945), pionnier de l'ethnomusicologie brésilienne et pilier du modernisme des années 1920 et 1930. Leur enracinement dans le folklore conquit immédiatement Andrade. Il devint pour Guarnieri un mentor, un ami, et lui ouvrit des horizons insoupçonnés en matière de littérature, de sociologie, de philosophie, d'art.
«Je dois ma vie à trois hommes, déclara le compositeur en 1943 à la Revue brésilienne de musique : mon père, Miguel Guarnieri, Mário de Andrade et Baldi. Mário me donna une culture générale ; Baldi, une culture musicale ; et mon père me donna la vie. » Camargo Guarnieri devint le principal artisan du modernisme rêvé par Mário de Andrade ; sous sa plume, le folklore national s'élevait aux techniques de composition contemporaines, du néo-classicisme au sérialisme.
Une bourse lui ouvrit en 1938 les portes de Paris. Il étudia la composition et l'esthétique auprès de Charles Koechlin, la direction auprès de François Ruhlmann, et rencontra également Nadia Boulanger. Il rentra au Brésil à la déclaration de guerre, occupant bientôt des postes prestigieux.
Sa renommée de compositeur s'étendit jusqu'aux États-Unis, où furent données nombre de ses œuvres, souvent sous sa propre direction. Avec un catalogue de sept cents œuvres, il s'impose comme l'un des compositeurs brésiliens les plus joués après Villa-Lobos.
De 1920 à 1928, Guarnieri composa quatre-vingt-une œuvres qu'il jugea sans valeur et dont il interdit la diffusion. Il était encore élève de Baldi lorsqu'il écrivit la première pièce de son catalogue autorisé, la Dansa Brasileira, qui lui valut quelque notoriété dans son pays et même à l'étranger (en 1932, elle fut donnée au 2e Festival international de musique de Venise). Notée « Tempo di samba », elle reprend les rythmes incisifs mais toujours chaloupés de cette danse originaire de Bahia, qui connaissait alors ses premières heures de gloire.
Le nationalisme de Guarnieri le poussa bientôt à abandonner les termes musicaux italiens (allegro, presto, andante, ...) au profit de leurs équivalents portugais. La Dansa Negra (1946) est ainsi marquée « Soturno » (sombre). L'accompagnement a le plus souvent un caractère obstiné mais, dans la section centrale, la mesure à 2/2 est bousculée par des rythmes complexes, mêlant binaire et ternaire.
Claire Delamarche pour le disque Alma brasileira © Intrada 2005
Weekend Thématique "Ancien Brésil - Brésil Nouveau"
Alma Brasileira
Interprétation scénique et vidéo d’art :
Voix off : Luanda Siqueira
Chant du peuple Yawanawa, interprété par Gesileu Ninawa
Prise de vues : Amaury Alves
Drone et montage : Giorgio De Luca
Interprétation scénique et conception : Eduardo Ibraim
Marias do Brasil
Direction musicale et artistique : Ricardo Bernardes
Mise en scène : Ligiana Costa
Dramaturgie : Sofia Boito et Ligiana Costa
Assistente a la mise en scène : Sofia Boito
Vidéographie : Vic Von Poser
Créatrice lumière : Abigail Fowler
Costumes : Rick Nagash avec de créations de João Pimenta
Voix off : Camila Pitanga
Pièces sonores : Edson Secco
Conseil scénographique : Renato Bolelli Rebouças
Avec le soutien à la recherche de Rosana Orsini Brescia e Mazé Chotill
Weekend Thématique « Ancien Brésil - Brésil Nouveau »
Direction musicale et artistique : Ricardo Bernardes
Direction exécutive : Giancarlo Staffetti
Production : JAC – Janus Arts et Culture et Giano Arts Management
Conception graphique : Calebe Barros
Avec le soutien de Instituto Guimarães Rosa et l’Ambassade du Brésil à Paris dans le cadre de la Saison France-Brésil 2025.

